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Charles Sirois : bâtir une économie de propriétaires

Charles Sirois
Charles Sirois Telesystem, Fondation de l'entrepreneurship

Deux tendances bouleversent le monde actuel. L’individu est plus puissant que jamais, car la création de valeur dépend de plus en plus de la créativité. Et cette montée en puissance de l’individu rehausse encore plus l’importance d’avoir une économie de propriétaires qui mise sur l’entrepreneuriat.

Voici en quelques lignes, ce qu’expliquait le 1er février 2017 Charles Sirois, président du conseil de Telesystem et président du conseil de la Fondation de l’entrepreneurship, aux membres de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Québec.  

La puissance de l’individu

La technologie a tout changé avec la connectivité universelle et personnelle. Internet haute vitesse, maintenant devenu un besoin absolu, permet de connecter les individus, les entreprises et les organisations en temps réel.

Il y a quelques années à peine, nous devions avoir des logiciels puissants dans tous les ordinateurs personnels pour traiter l’information et des serveurs robustes pour en disposer. Ce n’est plus nécessaire, car le Web nous donne dorénavant accès à tous les outils et à toutes les données, où que nous soyons et même quand nous nous déplaçons.

La dématérialisation va encore plus loin que les seules données. Nous sommes déjà passés d’une économie axée sur la production de biens durables à une économie axée sur les services. Cette tendance sera encore plus marquée dans les prochaines années. Par exemple, d’ici 10 ou 15 ans, les voitures de taxi et les camions circuleront sans conducteurs. Plusieurs biens pourront aussi être fabriqués à domicile ou localement grâce à l’impression 3D et rendront caduques de grandes unités de production.

L’intégration d’Internet et de l’intelligence artificielle au niveau des objets va nécessairement provoquer une diminution de la valeur économique de production et, parallèlement, une augmentation de la valeur économique individuelle pour les activités de création.

Cela commence déjà à avoir de sérieuses répercussions, notamment au niveau des inégalités sociales. Le chauffeur de taxi ou de camion, ou l’ouvrier d’usine qui perd son travail à cause de l’automatisation et de l’intelligence artificielle aura fort à faire pour ce trouver un travail rémunéré comme celui qu’il occupe et il est mal outillé pour occuper un emploi lié à la création et aux nouvelles technologies.

Il y a déjà une véritable dislocation et des tensions importantes entre les deux groupes sociaux et c’est ce que l’on est en train d’observer politiquement aux États-Unis et en Europe, entre les villes et les zones rurales, entre les milieux ouvriers et les gens plus scolarisés.

La mondialisation est un véritable enjeu dans ce contexte, mais elle dépasse le seul cadre de la production des biens. Le nouvel et véritable enjeu de la mondialisation est celui de la créativité et des services.

C’est sur ce terrain qu’il faut agir dès maintenant pour maintenir notre situation concurrentielle et notre niveau de vie. Voilà pourquoi, il faut une économie de propriétaires.

Une économie de propriétaires

Qu’est-ce qu’une économie de propriétaires ?

Le propriétaire est le décideur de la destinée de l’entité qu’il possède. Cela comprend le travailleur autonome jusqu’au siège social.

Cette notion de propriétaire est très liée à l’entrepreneuriat pour les propriétaires individuels, et de sièges sociaux pour les propriétaires corporatifs.

Les entrepreneurs sont par définition des personnes qui innovent et qui apportent une solution originale pour répondre à un besoin du marché. Le Québec a besoin d’entrepreneurs qui feront une différence dans le monde d’aujourd’hui. Il a aussi besoin de moyennes et de grandes entreprises dont la propriété reste au Québec et qui embaucheront ici les talents qui en feront le succès.

Bref, comment favoriser l’entrepreneuriat ? Comment un gouvernement comme celui du Québec peut contribuer à bâtir cette économie de propriétaires ?

Je propose sept pistes de solutions

  1. Favoriser le développement d’une culture sociale entrepreneuriale, orientée vers l’action et l’analyse du risque. Un entrepreneur doit prendre des risques, c’est d’ailleurs ce qui le distingue des autres personnes. Mais il doit prendre des risques calculés et exercer un bon jugement, et cela est essentiel pour son succès. Une déveine ou un échec font partie de son apprentissage, mais les difficultés ne doivent pas remettre en cause le projet d’entreprise. Comment éviter qu’un échec « véniel » devienne un échec «mortel» qui tue l’entreprise ? En favorisant le développement, la mise en place et l’accessibilité d’outils ou de plateformes de réseautage qui ont un fort effet de levier, comme Anges Québec (des investisseurs personnels), le Réseau QG 100, qui regroupe les présidents des plus grandes entreprises à propriété québécoise et le Réseau M, notre réseau de mentorat pour entrepreneurs.
  2. Il faut forcer les universités, surtout les facultés scientifiques, à développer des entreprises et des entrepreneurs.
  3. On doit développer la culture entrepreneuriale auprès des femmes.
  4. Il faut faciliter l’accès aux marchés internationaux.
  5. On doit favoriser fiscalement le transfert d’entreprises actives entre Québécois.
  6. Il faudra modifier la loi des compagnies relativement aux comités de nomination des membres du conseil d’administration. Devrait-on, par exemple, stipuler que seuls les actionnaires qui détiennent des actions depuis plus de deux ans puissent décider du sort d’une entreprise ?
  7. Il faut stimuler la création de holdings industriels qui agiront comme propriétaires et qui auront comme responsabilités l’orientation stratégique, l’évaluation du niveau de risque, la sélection et évaluation du management ainsi que la mise en place et la protection de la gouvernance

L’effet Trump et ses opportunités pour le Québec et le Canada

En conclusion, la situation américaine suite à l’élection à la présidence de Donald Trump amène une opportunité unique.

À l’ère de la créativité, les nations sont riches en fonction du savoir de ceux qui habitent leur territoire.

Nous avons aujourd’hui une opportunité d’attirer les sièges sociaux nord-américains si nous faisons du Québec le paradis des bâtisseurs d’entreprises et des sièges sociaux et que nous adoptons un ensemble de lois, de règlements, de tarifs et de taux de taxation qui démontrent notre amour des propriétaires.

Nous devons construire une véritable marque de commerce sur notre ouverture au monde et notre accueil de tous les talents quel que soit leur origine, notre parti-pris en faveur du libre-échange et notre amour des entrepreneurs.

Sur cette base, il faut convaincre les grandes sociétés technologiques et d’autres secteurs de faire du Canada et du Québec leur base d’opération pour les autres pays que les États-Unis.

Face à un gouvernement américain tenté par le protectionnisme et la fermeture des frontières, ce n’est pas le temps de montrer du muscle, mais de compter plutôt sur l’intelligence, l’habileté, l’agilité et la vélocité.

Propros recueillis par Pierre Duhamel