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Le grand défi du transfert


Mon père est en affaires depuis 30 ans, et j'ai parfois écris au sujet de l’avenir de son commerce. Je partage ici quelques réflexions à l'égard du transfert.

L’entrepreneur québécois actuel est un baby-boomer

L’entrepreneur québécois a généralement 55 ans et + . Il est depuis 3-4 ans en grande réflexion décisionnelle pour l’avenir de son entreprise. Fermer son entreprise ou la poursuivre en trouvant une relève ? Voilà une question que plusieurs se posent en ce moment. Notons que dans les 10 prochaines années, 70% des entreprises vont changer de mains, soit environ 100 000 entreprises. Parmi elles, le tiers seulement vont réussir ce transfert. Notons également que 50,9% des cédants potentiels de 55 et + n’ont aucun plan de transfert de direction formel ou informel. En effet, la plupart des entrepreneurs décident de fermer leur entreprise, entre autres, par manque de relève, manque d’énergie et par méconnaissance sur les possibilités qui leurs sont offertes.

Il existe différentes possibilités de transferts d’entreprises

Le transfert peut se faire dans la famille. Par exemple un père peut céder ou vendre son entreprise à son fils qui est présent dans l’entreprise . Le transfert peut aussi être fait à un employé à l’interne de l’entreprise qui a su prouver ses capacités et gagner la confiance de plusieurs personnes dans l’entreprise. Le transfert peut également être mixte, c’est-à-dire un membre de la famille et un employé ou une personne externe peuvent acquérir ou poursuivre l’entreprise. Enfin, il y a aussi la possibilité que ce soit seulement une personne externe qui reprenne l’entreprise. Cette personne extérieure  qui fait l’acquisition de l’entreprise n’est ni de la famille ou employé de l’entreprise.

Pour en revenir avec mon père, la possibilité qui m’a le plus rejointe est le transfert mixte. Je me vois ,par exemple, accompagner mon père pendant plusieurs années afin d’innover dans son secteur d’activité, mais pas nécessairement dans la gestion de son entreprise.

Les sentiments et les émotions doivent être mis de côté

Le transfert d’entreprise n’est pas évident pour un cédant. Il est toutefois prouvé qu’il y a plus de chances de réussite lorsque les sentiments et les émotions sont mis de côté. Discuter de cela avec mon père, par exemple, n’est pas toujours facile. Je dois trouver les bons moments pour en parler et contrôler mes émotions. J’ai plusieurs idées, mais je dois aussi comprendre qu’il n’est pas prêt à tout mettre en place dès maintenant.

Le transfert d’entreprise est un long processus

Le transfert d’une entreprise demande d’être bien planifié et de s’y préparer pour obtenir de bons résultats . On peut investir 5 à 10 ans dans la préparation à ce transfert.  Il est important d’y penser le plus tôt possible et de  voir à inclure une stratégie de sortie dès le début.

Le cédant doit savoir s’adapter et avoir confiance

Le transfert d’entreprise doit se faire progressivement. Il peut être tout un choc pour certains. Lors d’un transfert à une génération qui suit le cédant, le cédant doit savoir s’adapter aux nombreux changements et avoir confiance en le ou les repreneurs. Il doit accepter que son entreprise soit revue et que plusieurs changements puissent être nécessaires pour faire avancer l’entreprise selon la vision du nouvel acquéreur. Un «ménage» dans les ressources humaines peut être envisagé et nécessaire. Le cédant doit aussi accepter d’être obligé de se retirer complètement pour permettre au preneur d’avancer dans la direction qu’il aura choisie.  Le transfert demande aussi beaucoup de communication et de leadership. Le cédant doit, entre autres, ne pas agir comme un chef d’orchestre. Jean Veilleux, chef-mentor, Mentorat Chaudière-Appalaches ayant vécu le transfert d’entreprise ajoutait lors de son témoignage que le cédant, bien qu’il puisse donner de bons conseils,  ne doit pas jouer au mentor car il est trop impliqué financièrement et émotionnellement.

Pour faciliter le transfert d’entreprise, s’entourer d’un mentor ou faire appel à un consultant peut s’avérer une très bonne idée

En faisant appel à un mentor, le cédant peut discuter avec lui de ses peurs et craintes lors d’un transfert familial, par exemple. Il pourrait éviter certaines disputes durant le processus de transfert qui ne ferait que ralentir ou nuire à  la transaction. En faisant appel à un consultant externe, le cédant peut évaluer son type de personnalité et celui de son ou ses repreneurs. À mon avis, c’est une façon de bien préparer la relève en fonction de ses forces et faiblesses.

Auteur: Kim Auclair