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Mentorat en situation de crise

Photo : Sebastian Dumitru - Unsplash

Auteur : Paul Ouellet, Mentor en économie sociale et responsable du développement du mentorat en économie sociale au Québec.

Dernièrement, j’ai entendu des mentors dire qu’ils sortaient de leur rôle de mentor à cause de la crise et surtout des urgences exprimées par leurs mentorés.

Soit, ils voulaient dire qu’ils plongeaient directement dans le savoir-faire. Soit, ils voulaient dire qu’ils déviaient de la posture mentorale en proposant plutôt des suggestions d’actions qu’en posant des questions d’exploration. Malaise dans l’assemblée. Est-ce à dire que notre mentorat ne serait pas adéquat en temps de crise?

Loin d’être négative, cette question permet de clarifier encore davantage deux aspects du mentorat.

Premièrement : rappelons-nous qu’en mentorat, aucun sujet n’est tabou et qu’il est essentiel de s’intéresser à tout ce qui préoccupe notre mentoré, en temps de crise ou pas : anxiété, peur de faire faillite, liquidité, plan de mises à pied, manque de connaissances sur la procédure de congédiement et ainsi de suite.

Le mentor doit s’intéresser à la totalité de l’humain entrepreneur : à ce qu’il sait comme à ce qu’il ne sait pas, à ce qu’il fait comme à ce qu’il ne fait pas et sans oublier ce qu’il est et ce qu’il n’est pas encore. Oui, je dois croire en cette personne et à ce qu’elle peut devenir. Selon les circonstances et les urgences, les portes d’entrées pour accompagner notre mentoré vont varier allant du « savoir » au « comment faire »  ou encore à ce que notre mentoré vit intérieurement, donc à son profil personnel.

Deuxièmement : est-ce que je dois culpabiliser si, à certains moments, je pose des questions qui portent directement à l’action, du genre : « As-tu pensé à faire ceci? As-tu pensé d’appeler tes fournisseurs? Es-tu certain que tu prends la bonne décision? Pense à cet aspect. Tu pourrais consulter tel site. »

Il peut m’arriver selon les circonstances d’être davantage dans ce mode de questions, surtout en situation de crise. Pas de panique. L’important c’est que nous soyons animés par la bonne INTENTION.

Le véritable piège qui guette le mentor ne se trouve pas dans les sujets abordés mais dans l’INTENTION avec laquelle il les aborde. L’intention fondamentale en mentorat, c’est de laisser toute liberté à notre mentoré de penser, d’apprendre, de se connaître vraiment, de se développer et finalement de décider. Bref, rester seul maître à bord de son entreprise.

Liberté. Oui, toute la liberté à notre mentoré. Le plus grand piège à éviter, c’est d’empiéter sur sa liberté.

Est-ce que je peux faire découvrir ce qu’est un tableau de bord à mon mentoré? Oui. Est-ce que je dois lui en imposer un? Non. Est-ce que je peux lui fournir différents modèles? Oui. Et surtout je dois faire de l’exploration avec mon mentoré, lui poser des questions pour l’aider à découvrir la pertinence d’un tel tableau et les différents éléments qu’il juge important d’y retrouver. Finalement, ça ne doit pas être mon tableau de bord, mais le sien. Liberté totale d’agir et de décider.

Deux minutes après m’avoir expliqué l’urgence de négocier sa marge de crédit avec son banquier, dois-je lui dresser la liste des documents à apporter? Non, pas immédiatement, pas directement. Je dois l’interroger sur ses besoins, sur comment il pense réagir devant son banquier, comment il peut se préparer, comment il se sent face à ce rendez-vous, quelles sont ses forces personnelles pour affronter la situation (etc.) et explorer autant l’humain («l’être ») que sa préparation technique.

On ne devrait jamais se sentir coupable d’avoir abordé un sujet ou d’avoir donné une information absolument nécessaire dans une circonstance donnée. Cependant, nous devons toujours être soucieux de ne jamais empiéter sur la zone de liberté de notre mentoré.  Une fois cette INTENTION bien intégrée, il nous reste à améliorer constamment nos pratiques de mentorat.

La phrase suivante très affirmative n’est pas pertinente même en temps de crise : « Tu fais ben ce que tu veux, mais si j’étais à ta place, moi, je ferais ça… ». On s’entend là-dessus.

« Je te laisse libre mais fais ce que je te dis !! » Cette phrase-là est envahissante.

Même avec des phrases moins envahissantes, je peux me demander à l’occasion si je n’ai pas été trop directif.  À ce moment-là, je peux me dire : la prochaine fois, est-ce que je devrais l’écouter plus? Explorer davantage sa perception des problèmes? M’intéresser à ce qui le rend insécure? À ses ambitions? À la connaissance de ses qualités, compétences et forces comme entrepreneur?

Note : Au début de ce texte, je dis qu’il n’y a pas de sujets tabous en mentorat. C’est vrai. Cependant, il y a des limites : je n’ai pas à devenir directeur général, comptable, conseiller matrimonial ou psychologue. Je ne fais jamais de diagnostics ni de plans d’interventions. J’accompagne un humain entrepreneur en faisant usage d’un minimum de psychologie comme un bon vendeur et un bon chef d’équipe savent le faire.

Nous ne sommes pas mentors pour dire quoi savoir, comment faire et comment être mais pour aider notre mentoré à découvrir ce qu’il sait ou ne sait pas, ce qu’il fait ou ne fait pas, ce qu’il est ou n’est pas encore.

 

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