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Ouvrir la porte aux émotions en affaires

Histoire d’entrepreneuriat, assez forte pour tous, mais conçue pour les entrepreneurs

Pour moi, la croissance d’une entreprise se traduit fréquemment par un grand vertige : celui de perdre cette proximité aux clients qui rend créatif, totalement inspiré et connecté sur les besoins ressentis de ces derniers. La proximité client me permet une plus grande agilité décisionnelle.

Cette semaine-là, lors de notre comité pédagogique, nous observions que les entrepreneurs de la cohorte en résidence étaient davantage « dans leur tête que dans leur cœur. » Mon regard de directrice générale d’une école de rebelles, c’était que je les trouvais trop raisonnables comme par convenance. J’allais profiter d’une rencontre avec cette cohorte, prendre du temps pour jaser, me reconnecter sur leurs appréciations du parcours et m’assurer d’entendre leurs préoccupations profondes.

Une rencontre de cheffe à chefs

Regroupée dans la verrière, j’ai amorcé la conversation par une question assez banale. Comment ça va C6? Bien. Bien. Très bien. « Question banale, réponse banale », me suis-je dit. C’est vos tripes que je veux entendre, et il n’y a pas de mauvaises réponses! Je me suis rappelé qu’une vraie rencontre, c’est d’abord un partage. Je te parle, tu me partages, nous communiquons. Mais comment avoir accès à la vulnérabilité de l’autre sans s’exposer?

Ouvrir la porte à l’émotion

Je devais me raconter, ouvrir la porte à mes émotions pour leur permettre de laisser place aux leurs. J’ai raconté une histoire…

À trente ans, je ne trouvais pas de réel sens à la vie. Mon passage de la vingtaine à la trentaine s’est d’ailleurs opéré sans émotion. Gagner des revenus et faire des dépenses. Je me questionnais souvent : « Si c’est ça la vie, c’est plate en maudit! Ça n’a pas vraiment de sens, non? »

J’étais totalement responsable de ce vide. En quelques années, j’avais réussi à mettre systématiquement toutes mes émotions négatives sous le tapis en comblant le tout par une surcharge de travail et d’ambition dans tout. Pendant une certaine période, cela m’a vraiment aidé à transcender mon stress de performance, mes peurs, mes déceptions et toutes mes autres émotions négatives. C’était facile, je n’en ressentais plus aucune! J’ai même pris le contrôle total sur ma timidité maladive. Or si tu ne ressens pas les événements, que reste-t-il?

Un jour, un gentil personnage m’a simplement dit : « Sais-tu qu’il est impossible de se protéger des moments difficiles, de se couper les émotions négatives sans bloquer du même coup les émotions positives? » (Oh!) Il est grand temps d’arrêter de courir pour écouter ce que tu ressens. Et prends garde parce que tu vas réaliser que cette course effrénée que tu as menée comme jeune adulte t’a probablement grafignée un peu partout. Ce jour-là, tu vas avoir mal.

Il faut croire que les dommages étaient déjà assez profonds, car son commentaire ne m’a fait ni chaud ni froid! C’est à l’accouchement de ma fille que le canal des émotions s’est rouvert. J’ai pleuré pendant deux jours à chaudes larmes. En déplacement dans mon lit d’hôpital et seule dans l’ascenseur avec le brancardier, celui-ci m’a demandé : « Qu’est-ce que vous avez Madame? » J’ai répondu en essayant de prendre mon air de façon totalement inaudible : « Aucune idée! »

Par la suite, je me suis bien promis de ne plus jamais m’infliger « d’hostile take over » de mes émotions. J’allais les vivre. D’ailleurs, la première que j’ai laissée m’envahir, c’était la fierté maternelle! Y a-t-il une plus belle émotion positive à récolter au quotidien?

Partager et transmettre de l’émotion

Plus encore, c’est devenu même un moto dans mon travail. Où est l’émotion dans le service que l’on rend, dans la communication que l’on fait, dans notre formation? Elle n’existe pas, alors créons-la! Si on trouve notre journée plate, les clients aussi vont trouver la journée plate… Teintons-la d’émotions!

Dans cette école que nous avons créée, nous avons vite constaté que nos chefs vivaient des montagnes russes d’émotions et que c’était un vecteur d’apprentissage pour nos chefs. Notre mandat était de faire vivre des expériences entrepreneuriales pleines d’émotions qui allaient se traduire en apprentissages ressentis.

Ces émotions, nous allions les prendre de front aussi dans la gestion de notre équipe. C’était d’ailleurs une habitude en commençant notre comité de direction. Notre premier point à l’ordre du jour : « Quelle est l’émotion qui t’habite ce matin ? » L’idée de développer de l’empathie sur notre vie de groupe avant de se mettre à la tâche m’a toujours beaucoup plus. Nous allons d’abord développer des relations de travail authentiques et après on travaillera. Comprendre que si ta collègue nomme « excédée » comme le sentiment qui l’habite à 8 h du matin, ce n’est pas le temps de lui mettre une pression sur le taux d’occupation des chambres et de couper en deux une piastre! Ça va passer mieux le lendemain.

Donc avec la C6, après m’avoir raconté avec émotions, nous avons repris notre conversation, mais j’ai reformulé ma question. Comment te sens-tu C6? Je vous assure que les échanges que nous avons eus par la suite étaient profonds et authentiques. Ils arboraient toutes les couleurs des émotions. Je garde ce moment précieusement dans ma mémoire comme un de mes plus beaux souvenirs de l’EEB. Merci encore chère cohorte pour cette vraie rencontre.

Je suis repartie comme si je venais de me brancher sur le 220 des préoccupations senties de 25 entrepreneurs, ce carburant puissant qui aiguise notre acuité de dirigeants, notre agilité décisionnelle et s’emmagasine dans notre bagage intuitif. C’est encore présent.

Quelques apprentissages

  • On parle de plus en plus du féminin dans la gestion. Sans doute en voici un exemple…
  • La communication, c’est un partage.  
  • Quand on partage nos expériences et nos ressentis, on offre à l’autre une plus grande acuité sur ce qu’il pourra éventuellement vivre.

 

Cet article est une collaboration de Nathaly Riverin, fondatrice de Rouge Canari.