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Entrepreneuriat féminin: affirmer son style, affronter ses peurs

Cet article est une gracieuseté de

Par Géraldine Martin. 

Le rêve remis en question

C’était l’automne dernier, lors d’un gala. J’étais assise à côté d’une jeune entrepreneure fort sympathique, Amélie Richard, associée chez Eltoro Studio. Notre discussion animée était régulièrement interrompue par les discours des gagnants d’un concours en entrepreneuriat. Vers le milieu de la soirée, l’un d’eux a expliqué que son rêve était de faire de son entreprise une très grande entreprise. C’est alors qu’Amélie s’est approchée de moi et m’a chuchoté : «C’est drôle, mais moi, je ne rêve pas à ça.»

Ce commentaire m’a intriguée. Suffisamment pour que je communique avec Amélie Richard un peu plus tard et que je l’interroge à ce sujet. Voici sa réponse : «Je suis une entrepreneure qui ne rêve pas du tout. Je fais ce dont j’ai envie et je m’efforce de bien le faire. D’expérience, je sais que la somme des deux apporte du succès. Je ne comprends absolument pas les gens qui rêvent d’être connus ou de posséder une grande entreprise. Moi, je veux être heureuse chaque jour. Je crois que la richesse d’une société passe beaucoup par le bonheur des individus.»

Certains entrepreneurs se reconnaîtront certainement dans ce témoignage. Sauf que la plupart n’osent pas en parler. Dire qu’on rêve et, en plus, qu’on rêve de devenir un géant est bien plus vendeur que de dire : «Je m’applique à faire de mon mieux pour être heureux.»

Quelques semaines plus tard, la notion de rêve a refait surface dans mon quotidien lors de la série de conférences «Brave» proposée par l’entrepreneure Marie-Josée Gagnon, présidente de Casacom. «Quel était votre rêve?» a-t-on demandé à Christiane Germain, coprésidente du Groupe Germain Hôtels, à propos de sa jeunesse. «Je ne rêve pas.», a lancé avec force cette femme d’affaires. «Quand j’étais jeune, mon désir était avant tout de partir, de devenir indépendante.» Finalement, qui a dit qu’on a toujours besoin de rêver pour réaliser de grandes choses?

La construction dès l’enfance

Christiane Germain a plutôt expliqué comment l’influence de ses parents a été déterminante pour forger son caractère d’entrepreneure. Un épisode l’a particulièrement marquée : elle avait huit ans et c’était le jour de la rentrée scolaire, de surcroît dans un nouvel établissement. Sa mère l’a reconduite à l’école. Mais attention, pas jusque dans la cour, comme le font tous les parents. Non, plutôt à l’entrée du chemin menant à la porte de l’école. «J’ai marché jusqu’à l’école tous les jours. Je pense que j’ai eu mal au ventre pendant trois mois.», a-t-elle raconté. Ce n’est que plus tard qu’elle a saisi l’intention derrière ce geste, lorsqu’elle a surpris une conversation entre sa mère et sa grand-mère. «Elle ne sera pas comme moi. Elle va affronter les difficultés.», disait sa mère. Christiane Germain a alors compris que sa mère voulait lui apprendre à devenir une femme forte et déterminée.

L’influence des parents ou des proches est énorme. Elle peut devenir tant un catalyseur qu’un frein à l’initiative entrepreneuriale des enfants.

Dans son célèbre livre En avant toutes, la femme d’affaires américaine Sheryl Sandberg explique que certaines filles qui ont vu leurs mères travailler comme des folles ne veulent surtout pas suivre le même parcours. «Beaucoup d’entre elles ont vu leur mère s’efforcer de “tout mener à bien” et en ont conclu qu’il fallait tirer un trait sur quelque chose. Le plus souvent sur leur carrière.»

D’un autre côté, l’attitude des parents peut aussi devenir une formidable inspiration pour les enfants. Selon l’indice entrepreneurial québécois 2017 du Réseau M, le fait d’être issue d’une famille en affaires augmente considérablement les chances pour une femme de devenir entrepreneure. «La probabilité qu’une femme provenant d’une famille en affaires ait l’intention de devenir entrepreneure (comparativement à une femme n’ayant pas eu le même contexte familial) est 35 % plus élevée comparativement à un homme dans les mêmes conditions.», précise l’étude.

À bas les peurs!

Effet familial ou pas, les femmes sont encore trop peu nombreuses à choisir l’entrepreneuriat. Au Québec, le taux de propriétaires chez les femmes se situe à 5,3 %, contre 8,6 % chez les hommes1. Cet écart s’explique souvent par la peur de ne pas réussir à tout concilier, la peur d’être jugée, la peur de ne pas être parfaite... «Sans compter la “sainte trinité” de la peur : celle d’être une mauvaise mère, une mauvaise épouse, une mauvaise fille.», précise Sheryl Sandberg.

Oui, les femmes doivent aussi se libérer de leurs peurs. Et les parents – en affaires ou pas – peuvent aussi faire toute la différence en amont. Enfin, comme Amélie Richard, les femmes ne doivent pas craindre d’affirmer leur propre vision des choses. Voici le constat d’une entrepreneure citée sous le couvert de l’anonymat dans l’indice entrepreneurial québécois 2017 : «On a l’impression que les femmes qui réussissent sont des femmes qui agissent comme des hommes. C’est dû au fait qu’on glorifie le modèle des hommes, ce qui ne devrait pas être le cas. Je pense que la difficulté pour les femmes, c’est d’arriver à avoir leur propre style au lieu d’avoir un style masculin.»

L’avenir s’annonce toutefois prometteur selon l’indice entrepreneurial québécois. Aujourd’hui, 16,7 % des femmes songent à se lancer en affaires, contre 5,4 % d’entre elles en 2009. Il ne reste plus qu’à passer à l’action. Sans peurs et avec son style propre.

Point de vue publié dans l'édition printemps 2018 de Gestion.

Notes

1 Indice entrepreneurial québécois 2017, Réseau M.

 

 

 

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